Réflexions à propos de l'énurésie.

REFLEXIONS

à propos de L’ENURESIE

Jeremie10

 

-          On dit qu’un enfant est énurétique si, après 5/6 ans il continue à faire pipi au lit en dormant, au moins 3 ou 4 fois par mois sans qu’aucune cause physiologique ou médicale n’ait été décelée. 

-          On dit que l’énurésie est primaire lorsque l’enfant a toujours fait pipi au lit plus ou moins régulièrement. 

-          On dit que l’énurésie est secondaire lorsque l’enfant s’est arrêté de faire pipi au lit pendant une période d’au moins 6 mois. On peut parfois déceler ce qui a provoqué la reprise des pipis au lit (déménagement, naissance d’un frère ou d’une sœur, entrée à l’école, déménagement………). L’origine psychologique ne fait donc aucun doute dans l’apparition de l’énurésie secondaire.

Pourtant, rien ne différencie l’énurésie primaire de l’énurésie secondaire hormis la période sèche supérieure à 6 mois.

Et s’il n’existait pas deux types d’énurésie ? 

En l’absence de toutes causes médicales ou physiologiques décelées, il est assez osé d’avancer que l’énurésie primaire n'a pas également une origine psychologique. C’est beaucoup moins évident mais tout aussi probable. 

Il me semble alors inutile de considérer deux énurésies (primaire et secondaire) puisque rien ne permet de différencier leurs origines, l’une apparaissant seulement plus tard que l’autre.  

Je ne retiendrai donc ici que le terme d’énurésie nocturne sans distinction.

Que se produit-il la nuit pendant que l’enfant dort ? 

Il existe plusieurs phases au cours du sommeil. Généralement, un enfant n'éprouve pas le besoin de faire pipi quand il dort et si cela lui arrive il se lève pour se rendre aux toilettes. L’enfant énurétique ne devrait pas faire exception, mais son cerveau pourrait lui ordonner de faire pipi étant endormi, car c'est une miction complète se produit et non pas un échappement des urines non contrôlé. Le cerveau ordonnerait alors à l’enfant de faire pipi sans qu’il en prenne conscience, contrairement à la théorie actuelle avancée qui nous dit que le cerveau ne percevrait pas l’envie de faire pipi.

Le cerveau ne percevrait pas l’envie ?…….Ou commanderait il la miction ? 

(ceci pour une raison qui nous échappe encore )

 Dans une grande majorité des cas, ni le fait de faire pipi, ni le fait d’être mouillé ne réveille l’enfant………Pas étonnant, son cerveau ne viendrait pas court-circuiter ce qu’il a lui-même « commandé». 

Cette phase de sommeil (ou l'énurésie se produit) fait partie d’un cycle qui se reproduit plusieurs fois dans la nuit, l’enfant peut alors faire pipi au lit plusieurs fois et provoquer une inondation que l’on à tant de mal à comprendre. Cela explique également que des parents, réveillant un enfant mouillé au cours de la nuit, le changent, puis le retrouvent encore mouillé au réveil.

  Cette  hypothèse  ne retiendrait que le coté psychologique dans l’existence de l’énurésie après avoir éliminé auparavant bien entendu les causes physiologiques par des examens médicaux appropriés.

  Le facteur héréditaire est souvent avancé dans la manifestation de l’énurésie car il a été constaté qu’elle touche ou a touché d’autres personnes de la même famille (père, mère, oncles, cousins…). Mais c’est peut être aller vite en besogne que de l’affirmer, il serait plus juste de parler de prédispositions familiales comme il peut être constaté dans des familles certaines manifestations psychosomatiques dont je parlerai plus bas.

Cette prédisposition est-elle à retenir absolument sachant que l’énurésie touche également des enfants dans des familles ou aucun antécédent énurétique n’est connu et que des des parents ayant été énurétiques enfant, n'ont pas forcément d'enfants énurétiques. Il convient également de prendre en compte que ce souci étant très tabou, chacun garde le secret au point parfois de ne pas vouloir le dévoiler même à ses proches.

L’hypothèse d’une pseudo hérédité ne pourrait donc être mise en évidence que dans les cas de familles ou l’énurésie a été parlée et connue de tous, Hors nous savons que bien souvent ce n’est pas le cas.

Concernant la fréquence de l’énurésie, il est très intéressant de constater que, en abordant le sujet, les langues se délient et nous apprennent que tels ou tels membres de la famille a été ou est également  concernés. On observe d’ailleurs le même phénomène avec l’entourage plus ou lointain, ami ou voisin, à qui l’on ose en parler et qui, à leur tour, nous confient des cas d’énurésies familiales ou de proches. Ces observations montrent comment il est difficile voir impossible d’obtenir des résultats fiables  sur la fréquence et l’origine de l’énurésie.

 Mais pourquoi donc l’enfant, inconsciemment « déciderait il» de faire pipi en dormant. ?

 La réponse est difficile à apporter mais ce n’est jamais par hasard que des manifestations psychosomatiques se déclenchent à l’état éveillé ou non. 

Nous autres adultes, lorsque nous rencontrons des ennuis, un certain mal être, des passages angoissants ou traumatisants, notre corps met en place des manifestations psychosomatiques diverses suivant les individus (battements de cœur plus rapides ou points dans la poitrine en cas de trac ou de situations angoissantes comme la peur, maux de tête ou maux de ventre, envie d'uriner, eczémas, rongement des ongles (onychophagie)…. Les enfants peuvent eux aussi présenter ces manifestations mais certains en « possèdent » une autre dans leur panel……le pipi au lit. 

Ils ne peuvent pas contrôler leurs émotions et encore moins pendant leur sommeil, ils mouillent alors leur lit. 

C’est une manifestation que seuls les enfants et adolescents présentent, comme l’action de pleurer facilement par exemple, et qui petit à petit disparaitra pour être relayée ou non par d’autres modes d'expression.

Mais qu’est ce qui pourrait bien provoquer ce besoin de faire pipi… ?

Dès la naissance, l’être humain est confronté à une multitude de situations traumatisantes, stressantes ou angoissantes…….en commençant par la naissance elle-même. Sortir d’un univers chaud, humide et confortable pour se confronter à de multiples agressions, (bruit, température ambiante, lumière…..). Puis, il sera soumis à de multiples exigences et contraintes qui, ma foi, pourraient l’inciter à régresser pendant son sommeil (revenir a une situation antérieure plus sécurisante). C’est une hypothèse… 

Le pipi au lit serait donc sa manière à lui de se rassurer, de rechercher une certaine sécurité et de rétablir un certain équilibre……. 

Certains parents l’on parfois observé, s’il n’y avait pas la réprobation ni le regard négatif de l’entourage qui provoquent un sentiment de honte, cela ne gênerait pas certains enfants de rester dans leur pipi. 

N’avez-vous jamais remarqué des enfants de 3 ou 4 ans déambuler sitôt sortis du lit, en pyjama, les couches pleines ? 

On tolère cet état de fait, on ne les trouve pas dérangeants ou malpropres et comme c’est encore dans l’ordre du « normal » de faire pipi au lit à cet âge la, on leur fiche la paix, c’est une tolérance sociale et les enfants n’en sont pas plus gênés pour autant. 

Pour notre enfant énurétique, il en est tout autre, (non pas qu’il n’aurait pas envie de se comporter de la sorte), mais l’entourage lui indique qu’il devrait régler ses conflits intérieurs d’une autre manière ou tout au moins ne pas en faire étalage. L’enfant n’y peut rien et se sent incompris, pire, il adopte une attitude culpabilisante, d’incapacité à être comme les autres d’autant plus que le pipi au lit renvoie à un comportement de bébé, de malpropreté. Il se sent déshonoré, inférieur, et risque de perdre confiance en lui. Et tout ca pour un foutu petit problème qui disparaitra plus ou moins tard. 

En attendant il est la honte, on le lui fait souvent remarquer, cela lui pourrit la vie, il est hors norme, il se cache, il utilise une multitude de stratagèmes afin que son secret ne soit pas divulgué. 

Face à l’incompréhension et à l’intolérance de certains d'entre nous, cet enfant va se sentir exclus et mis en marge par rapport à la normalité. 

C’est pour cela qu’il est important de ne pas le juger, de ne pas lui en tenir rigueur, même si cela a des retentissements sur toute la famille, de ne pas le culpabiliser au risque de prolonger son symptôme.

 

TOLERER……RASSURER…….DEDRAMATISER…..AIDER……..SOUTENIR  sont des attitudes responsables à adopter.

 

On pourrait se demander ce qui justifie cette intolérance face à une manifestation que nous avons plus ou moins tous connus étant enfant ?  

Certains invoquent les taches matérielles liées au pipi au lit et notamment les lessives, alors qu’aujourd’hui de nombreuses machines tournent chaque semaine. 

On invoque les odeurs dans la chambre. 

On invoque la paresse, la mauvaise volonté alors qu’on sait qu’il n’y peut rien. 

En fait, ce que l’on veut, c’est qu’il soit acceptable, que l’on ne juge pas, ni lui ni les parents, que l’on ne mette pas en cause l’éducation qu’il a reçue…

Faudrait il donc stopper la honte a sa source ?? (c’est en tout cas la demande de nombreux parents).

 

Pour en finir avec les pipis au lit, divers traitements peuvent être proposés mais qui n’ont souvent d’autres soucis que de rendre des lits secs. Les deux principaux sont : 

-          Les antidiurétiques (desmopressine) qui réduisent la production d’urine…….. 

-          Les appareils alarmes qui réveillent l’enfant pendant son sommeil (pipi-stop). 

D’autres méthodes moins agressives peuvent être également proposées comme l’hypnose, l’ostéopathie, la chiropractie, ……. 

Ces moyens ne relèvent que du tâtonnement…..Rappelons nous, rien n’a été décelé qui puisse expliquer le pipi au lit de  l’enfant.

Plutôt que d’essayer de libérer l’enfant des inconvénients liés à ses pipis au lit faces aux regards des autres, essayons donc de comprendre et d’accepter cette manifestation, en la tolérant sans vouloir la combattre à tout prix. L’enfant ressent la désapprobation, l’inquiétude, le stress, le désespoir et la gène que son entourage manifeste face à son énurésie. Les parents éprouvent de la honte « à sa place » et désirent qu’il soit acceptable comme s'il ne l'était pas déjà, cela se traduit par une culpabilité qui entraine son envie d’arrêter à tout prix. Ne nous y trompons pas, il prend souvent à son compte le désir de son entourage, mais inconsciemment n’est la plupart du temps pas suffisament motivé à quitter son statut d’énurétique. Il s’ensuivrait un conflit intérieur qu’il est bien incapable de gérer. En fait vient se rajouter un autre problème à son "banal" souci de pipi au lit.

Le traumatisme s’il en est un, ne vient que du sentiment "d'anormalité" que renvoie l'entourage et dont l’enfant se sent affligé. 

Pour en revenir aux moyens cités plus haut, certains affichent des résultats positifs, disent que cela marche parfois et ils ont tout à fait raison si leur emploi a été proposé au bon moment, alors que l’enfant était motivé à « abandonner » son pipi au lit dont les inconvénients surplombent les bénéfices. (Je ne parle pas du simple désir d’arrêter).

Si tenté que l'on puisse parler de traitements face à l'énurésie, je dirais qu'il n'y en a pas, mais aussi qu'il en existe à l'infini. 

Quelles actions ont ces moyens sur l’énurésie de l’enfant autres qu’un simple effet placebo ? Il serait alors inutile de mettre en place des méthodes et moyens plus ou moins dérangeants, violents, voire dangereux pour la santé de l’enfant, plutôt qu’un placebo inoffensif…. ? 

Il a souvent été observé des arrêts spectaculaires de l’énurésie sans avoir recours aux traitements cités plus haut. 

Certains arrêteront lors d’un séjour hors du milieu familial……..d’une opération de l’appendicite…….d’un événement survenant dans la famille……….d’un échange sur ce sujet avec une tierce personne…………ou même sans que l’on décèle un événement quelconque. 

On l’aura compris, il n’est pas nécessaire de s’attaquer directement au symptôme lui-même au risque de focaliser l’enfant sur ce que tout le monde cherche à faire disparaitre mais il est néanmoins nécessaire de prendre en compte la détresse de certains enfants confrontés à une énurésie persistante et parfois invalidante quand il s’agit de dormir hors du milieu familial. 

Au risque de me répéter, il est à privilégier une attitude de confiance vis-à-vis de l’enfant sans s’approprier son souci ni vouloir le régler a sa place. Ne pas combattre l’énurésie comme si le mal était en lui, mais l’accompagner dans un climat de tolérance vers une prise en charge par lui-même de son trouble. Ne participons pas à l’entretien d’un tabou tenace qui n’a d’autre effet que d’enfermer l’enfant dans son symptôme lui limitant toute vie sociale. L’énurésie n’est pas une tare et nous devrions chacun a notre niveau alerter le monde qui nous entoure de l’existence de ce soucis que partage un nombre très important d’enfants et d’adolescents. Les excès de colère, de ras le bol, les punitions et les manifestations visant à toucher son amour propre sont à proscrire absolument.

  


 Jacques PROVOT                                                                                                                                                                                                                                    2012             Educateur


 

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